Du droit de l’eau et des animaux à partir de l’œuvre d’Elif Shafak

Pas d’analyse littéraire ici — ce n’est pas mon domaine — mais simplement un partage de deux lectures estivales qui m’ont plu au regard de mes sujets de prédilection : le droit de l’environnement, le droit de l’eau et, plus largement, les relations entre les humains et le vivant.

C’est donc à travers la plume poétique et ultra documentée d’Elif Shafak que je me suis retrouvée à réfléchir à quelques questions juridiques. D’abord avec Les Fleuves du ciel (2025), puis avec L’Architecte du sultan (2015). Deux romans très différents, mais qui ont en commun de donner une place particulière à ce qui nous entoure : les fleuves dans le premier, les animaux dans le second. Et, dans les deux cas, de m’interroger sur la capacité du droit à rendre visible ou invisible le vivant.

Les Fleuves du ciel : l’eau comme fil conducteur

Dans Les Fleuves du ciel, l’eau relie les personnages, les époques et les lieux, mais elle permet aussi à Elif Shafak de dépeindre différents rapports au vivant et au non-humain. Sans entrer dans les détails de l’intrigue, plusieurs personnages nous emmènent sur les bords du Tigre, dans un village yézidi menacé par la construction d’un barrage. D’autres personnages nous conduisent sur les rives de la Tamise, pendant la révolution industrielle, alors que le fleuve est profondément dégradé, puis à l’époque contemporaine, où il a retrouvé une partie de sa biodiversité.

« La Tamise est un zombie. Le fleuve revenu d’entre les morts. Naguère décrétée incapable d’entretenir la vie, cadavre en décomposition dans son lit, elle abrite aujourd’hui plus de cent vingt-cinq espèces de poissons […] »

Shafak ne présente pas l’eau comme une simple ressource ou un élément du paysage. Elle est à la fois vitale, culturelle, historique, spirituelle et parfois dangereuse. Cette relation à l’eau est évidemment bouleversée par diverses pressions bien illustrées, dont les changements climatiques.

« [C]haque goutte de pluie qui émerge du cycle aquatique est à sa manière une minuscule survivante. »

Au-delà de la seule question de l’eau, le roman fait également écho aux théories écoféministes, notamment dans la manière dont il articule différentes formes de domination et de vulnérabilité.

« Inutile de tourner la conversation en diatribe contre le capitalisme, dit Oncle Malek. Si ces fleuves sont morts, il doit y avoir une raison. »

« De temps à autre elle arpente ses rives, se lamentant à l’idée que la terre sous ses pieds va bientôt être inondée, des milliers d’années d’histoire disparues, consciente que ce sont les dernières oraisons qu’elle adresse au Tigre. »

Des droits pour les fleuves ?

En donnant aux fleuves une telle place, le roman m’a forcément fait penser aux initiatives qui se développent aujourd’hui autour de la reconnaissance de droits aux rivières. Depuis plusieurs années, les réflexions et les expérimentations autour de la personnalité juridique des fleuves et des rivières se multiplient. Si ces initiatives trouvent un terreau fertile en Amérique latine, l’Espagne a été le premier pays européen à reconnaître la personnalité juridique à une zone humide protégée, la Mar Menor. Cette reconnaissance soulève évidemment de nombreuses questions sur les modalités concrètes de représentation et de gouvernance de la lagune, encore irrésolues[1]. En France aussi, des réflexions émergent autour de nouvelles formes de gouvernance des fleuves. On peut notamment citer l’Appel du Rhône, qui propose de repenser la gouvernance du fleuve en instaurant une assemblée populaire composée de citoyens tirés au sort.

Ce qui m’intéresse ici n’est pas tant de savoir si un fleuve peut réellement « avoir des droits », mais plutôt comprendre ce que cette évolution révèle de notre manière de penser le vivant. Il me semble parfois que la perspective de donner des droits à la nature affole bien plus les juristes que n’importe quelle autre catégorie de personnes. Et c’est bien légitime à plusieurs égards, mais le droit est avant tout un outil de la politique. Il pourrait simplement s’agir d’opérationnaliser ce que les citoyens imaginent, dans le contexte d’une démocratie saine. Peut-être serait-ce là un premier combat.

Sortir de terre les rivières urbaines

©Ron Lach

Une autre thématique du roman m’a interpellée : celle des rivières disparues. C’est encore méconnu, mais dans de nombreuses villes, des cours d’eau ont progressivement été canalisés, recouverts, puis parfois intégrés au réseau d’assainissement (une belle manière de parler des égouts). Ces opérations répondaient notamment à des préoccupations d’hygiène publique, à une époque où les rivières urbaines étaient devenues extrêmement polluées avec l’industrialisation. La Bièvre, à Paris, a par exemple été canalisée et intégrée au réseau d’assainissement. Elle avait donc perdu sa qualité de rivière, avant que les opérations de réouverture sur certaines portions ne permettent progressivement de réinterroger cette situation[2].

Depuis quelques années, on parle de plus en plus de rouvrir ces rivières, de les sortir de terre et de restaurer leur fonctionnement écologique. Ce mouvement s’inscrit dans les politiques de renaturation et d’adaptation au changement climatique. Ces cours d’eau peuvent en effet constituer de véritables solutions fondées sur la nature : retrouver des espaces de circulation et de stockage de l’eau, restaurer des zones humides, désimperméabiliser les sols ou végétaliser les abords des cours d’eau peut contribuer à la gestion des eaux pluviales, à la réduction du risque d’inondation et à la création d’îlots de fraîcheur.

Protéger les eaux souterraines

©Margaux Daval

Cela nous permet d’approfondir sur d’autres oubliées : les eaux souterraines. Comme beaucoup d’éléments invisibles, elles pâtissent d’une protection et d’une attention moindres. Dans son rapport de 2022, Rendre l’invisible visible, l’UNESCO rappelait que les eaux souterraines représentaient environ 99 % de l’eau douce liquide disponible sur Terre. Elles comprennent notamment les aquifères souterrains, c’est-à-dire des formations géologiques capables de contenir et de transmettre des masses d’eau. Leur protection est défaillante car ils sont souvent considérés comme une ressource privée (liée à la propriété du sol).

Que fait le droit international pour les eaux souterraines ? Pour les pays du bassin méditerranéen, dont la France, le Protocole relatif à la gestion intégrée des zones côtières de la Convention de Barcelone impose aux États de surveiller les aquifères côtiers et les zones d’interface entre eaux douces et eaux salées susceptibles d’être affectées par les prélèvements ou les rejets. L’un des enjeux est notamment celui de la salinisation des aquifères, qui peut compromettre durablement la disponibilité de la ressource et les usages auxquels elle est destinée. Quant au droit international universel, il intervient principalement lorsque plusieurs États partagent une même ressource en eau souterraine. La Commission du droit international des Nations Unies a adopté en 2008 des projets d’articles sur le droit des aquifères transfrontières destinés à compléter les principes applicables aux eaux internationales.

En droit français, les eaux souterraines ne sont pas une catégorie à part. Elles sont intégrées au régime général de la ressource en eau et soumises aux principes de gestion équilibrée et durable prévus par l’article L. 211-1 du Code de l’environnement. Ce pan du droit français s’inscrit dans le cadre plus large du droit européen, celui de la Directive-cadre sur l’eau de 2000 qui impose une gestion intégrée de la ressource à l’échelle des bassins hydrographiques et fixe des objectifs de bon état des eaux. Malgré cet arsenal juridique, les résultats restent loin des objectifs affichés. En 2024, l’Agence européenne pour l’environnement relevait ainsi que moins de 40 % des masses d’eau de l’Union européenne étaient en bon état écologique[3]. L’aspect quantitatif de la gestion des eaux souterraines et les enjeux de conciliation entre les différents intérêts et usages ont été mis en lumière ces dernières années en France à travers les projets de mégabassines. Ces ouvrages reposent sur le principe d’un prélèvement d’eau (principalement en période hivernale lorsque la disponibilité de la ressource est supposée plus importante) pour constituer des réserves destinées à l’irrigation durant la période estivale (notamment pour des cultures à forte consommation d’eau qui cristallisent les tensions). Le juge administratif français a déjà annulé de tels projets au motif que les prélèvements sont excessifs et menacent l’équilibre des usages (Tribunal administratif de Poitiers, Association Nature Environnement 17, 9 juillet 2024, N° 2202862).


Tout cela peut sembler assez éloigné de la littérature et c’est peut-être là que je vous ai perdu.e. Mais c’est précisément ce que j’ai trouvé intéressant dans Les Fleuves du ciel. Elif Shafak aborde avec rigueur scientifique des sujets complexes en leur donnant une dimension sensible et poétique. De l’art engagé, qui m’a fait réfléchir à mon rapport à l’eau, et nos rapports juridiques à l’eau.


L’Architecte du sultan : penser les relations entre humains et animaux

En fouillant dans la bibliothèque de ma sœur déjà convertie à la plume d’Elif Shafak, j’ai trouvé L’Architecte du sultan. Le roman se déroule à Istanbul au XVIème siècle et raconte l’histoire de Jahan et de son éléphant d’Asie, Chota, offert comme cadeau au sultan Soliman. D’abord cornac, Jahan deviendra apprenti de Sinan, l’architecte du sultan. L’architecte du sultan est une fresque historique animée par plusieurs intrigues et de nombreux personnages, mais la relation entre Jahan et Chota occupe une place particulière. Et là encore, Shafak aborde les relations entre humains et animaux avec suffisamment de nuances pour que cela mérite, à mon sens, d’être lu à la lumière de certaines questions très contemporaines — notamment celles de l’antispécisme. Mais d’abord, intéressons-nous à la condition animale que décrit Shafak.

Une « cage dorée » reste une cage

L’éléphant est un animal auquel on attribue volontiers une grande intelligence, une certaine sagesse, une sensibilité particulière et une vie sociale complexe. Ici, la noblesse et la grandeur de l’éléphant justifient son offrande au sultan et fondent, par là même, sa captivité. Dans une ménagerie impériale où il est pourtant nourri de mets luxueux et habillé de vêtements somptueux, ses besoins physiologiques et comportementaux ne sont pas satisfaits.

« Quelque part au cœur de cette nuit d’encre, si épaisse qu’elle dominait toute autre couleur, il avait flairé l’odeur du seul animal qui l’emplissait de crainte — le tigre ».

Au fil des successions et des besoins de la dynastie ottomane, Chota ne peut simplement « être » : il doit se rendre utile, au risque de se retrouver livré à des conditions de vie plus incertaines et précaires. Il est ainsi tour à tour employé à la guerre comme combattant, sur les chantiers pour transporter de lourdes charges, ou encore comme animal de spectacle. Chota parvient à s’acquitter des différentes tâches qui lui sont confiées avec une remarquable capacité d’adaptation. On pourrait y voir une forme de résilience ; il s’agit avant tout de survie. Jahan s’emploie sans relâche à conserver la place de son éléphant au sein de cet environnement en l’adaptant aux attentes successives de ceux qui détiennent le pouvoir. Parfois sous la contrainte et la violence.

« Qu’est ce qu’il sait faire ? Jahan trouva la question si bizarre qu’il lui fallut un moment pour répondre. Il… c’est un noble animal. »

Shafak décrit aussi une relation affective profonde entre l’éléphant et son cornac. Jahan a vu Chota naître. Il lui est profondément attaché et ne l’abandonnera jamais. Il cherche à le soigner, à le protéger et à passer du temps avec lui. Au fil du livre, sa relation avec Chota devient même une forme de havre de paix dans le tumulte de sa propre existence. C’est une expérience que beaucoup d’humains vivant avec des animaux partagent ; mais le roman rappelle régulièrement que l’amour d’un humain n’est pas grand chose pour un animal dont les besoins physiologiques ne sont pas comblés.

Et la condition animale aujourd’hui ?

Il semble qu’il n’y ait finalement pas tant de distance entre la fresque historique racontée par Elif Shafak et certaines problématiques contemporaines. Aujourd’hui encore, les animaux sont considérés selon leur utilité pour l’espèce humaine. Ils sont répartis et hiérarchisés dans différentes catégories : compagnons, ressources, nuisibles, sauvages… Ces catégories justifient des traitements différents et conduisent à négliger leurs besoins physiologiques au profit de certains besoins humains identifiés.

Soulignons que s’agissant même de nos animaux de compagnie, nous sommes finalement assez peu sensibilisés à leurs besoins physiologiques. C’est ce qui explique le développement de formations ou de permis de détention. Dans certaines villes d’Europe par exemple, les propriétaires de chiens doivent passer un examen attestant de leurs connaissances pratiques et théoriques[4].

C’est en réponse à ces mauvais traitements qu’a émergé une opposition philosophique et politique majeure : l’antispécisme. Ce courant conteste le spécisme, un concept popularisé en 1975 par le philosophe Peter Singer dans son livre La Libération animale. Le spécisme désigne cette idéologie qui justifie la discrimination et l’exploitation des animaux en fonction de leur espèce, plaçant l’humain au sommet de la hiérarchie. De nombreuses voix s’élèvent désormais pour sortir de cette catégorisation et défendre activement les intérêts et les droits des animaux.

Le droit animal en évolution

Au niveau international, la Déclaration universelle des droits de l’animal de 1978 constitue une tentative de reconnaissance internationale des droits propres aux animaux. Portée par des acteurs non étatiques, elle ne constitue pas un instrument juridiquement contraignant et ne crée, à ce titre, aucune obligation juridique pour les États. Les animaux sont néanmoins appréhendés de manière plus ou moins directe par le droit international de la biodiversité, sous l’angle de la préservation des habitats et des espèces, par exemple.

En droit comparé, l’adoption de régimes plus protecteurs et certaines décisions de justice témoignent d’une prise en compte croissante des intérêts propres aux animaux. L’une des décisions les plus connues à cet égard (et celle qui fait le plus écho à la situation de Chota) est celle rendue en 2020 au Pakistan par la Haute Cour d’Islamabad dans l’affaire de l’éléphant Kaavan, maintenu pendant plusieurs décennies enchaîné et isolé dans un zoo. La juridiction a ordonné son transfert vers un sanctuaire au Cambodge et a développé une réflexion particulièrement intéressante sur le statut juridique des animaux, leur sensibilité et leurs besoins propres. La Cour rappelle notamment qu’un être vivant possède des droits du fait de sa vie et qu’un animal est un être sentient, capable de ressentir la douleur et la joie. Elle insiste également sur le fait que chaque espèce possède son propre habitat naturel et des besoins comportementaux, sociaux et physiologiques spécifiques[5]. Ce type de jurisprudence est intéressant parce qu’il déplace la justification de la protection animale. Il ne s’agit plus seulement de protéger les animaux au nom de la morale, mais de reconnaître que leurs intérêts peuvent avoir une existence juridique propre.

Les réflexions autour de l’approche One Health (Une seule santé) vont dans une direction complémentaire, en mettant en évidence l’interdépendance entre santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes. Cette approche rappelle finalement quelque chose d’assez évident, mais que nos systèmes juridiques et nos politiques publiques ont tendance à compartimenter : humains, animaux et écosystèmes ne vivent pas dans des mondes séparés et leur bien-être est interdépendant. Cette logique d’interdépendance a trouvé un prolongement sur le terrain juridique dans l’ouvrage One Rights: Human and Animal Rights in the Anthropocene, publié en 2023 par Saskia Stucki (en libre accès), qui propose de penser les droits humains et les droits des animaux comme des droits indivisibles et interdépendants.

Et si les luttes animales et les luttes sociales n’étaient plus séparées ?

©Veggie Pride Paris

Elif Shafak ne donne pas seulement à voir une relation entre un humain et un animal. Elle met également en parallèle différentes formes de domination et de marginalisation.

« Chota était une créature royale ; pas Jahan. »

Dans l’univers du roman, les populations Roms sont présentées comme un groupe discriminé auquel sont associées des représentations extrêmement négatives : elles sont considéréss par les stambouliotes comme différents, dangereux, parfois même comme des êtres hybrides et proches du diable. Ils sont une population située à la marge de la communauté dominante. Et ce sont eux qui, à plusieurs reprises, vont apporter à Jahan et à Chota un soutien et une forme de considération que les institutions et les structures de pouvoir ne leur accordent pas nécessairement.

« Les voilà donc, ces infâmes Gitans, la demi-tribu. Prudemment, il s’approcha d’eux. « Vous nous avez sauvé la vie. Nous vous sommes reconnaissants. On a fait ça pour la bête, dit Balaban. On en a une aussi. Des fameux animaux ». »

Cette proximité entre différentes formes de domination fait écho aux travaux de Réjane Sénac sur les synergies des luttes. Dans un article publié en 2025, Sénac explique pourquoi l’antispécisme est souvent marginalisé au sein des luttes sociales, considéré comme « le pas de trop »[6]. S’appuyant notamment sur les travaux du philosophe canadien Will Kymlica, elle démontre que les luttes pour les droits des minorités et des personnes dominées — femmes, personnes racisées, personnes LGBTQIA+, classes populaires, etc. — se sont historiquement appuyées sur la démonstration de leur humanité à part entière : montrer qu’elles sont capables de penser, de souffrir, de décider et qu’elles sont donc dignes de bénéficier des mêmes droits. Ce raisonnement a permis de contester des hiérarchies profondément ancrées, mais il a aussi laissé intacte une autre frontière : celle qui sépare les humains, seuls titulaires de droits, des animaux.  Cette frontière radicale entre humains et animaux héritée du spécisme peut être envisagée sous deux angles complémentaires. D’une part, les animaux sont exploités dans un système plus large d’exploitation de la nature. D’autre part, les caractéristiques négatives attribuées aux animaux peuvent être projetées sur certains humains pour justifier leur domination[7]. Sur ce dernier point, le roman donne plusieurs illustrations de déshumanisation (ou d’animalisation) des populations discriminées dans l’empire ottoman :

« Ce n’étaient pas les juifs. C’étaient les chrétiens. Ils n’allaient jamais au hammam, sales de part en part qu’ils étaient. Ils ne se lavaient pas après s’être accouplés avec leur épouse […] Pire que tout, ils mangeaient du porc ; la chair d’un animal qui se roulait dans sa propre fange et se nourrissait de viande morte envahie par les vers. La peste avait sûrement été transmise par les mangeurs de porc ».

Face à ce phénomène encore actuel, Réjane Sénac défend la synergie des luttes : plutôt que d’opposer les combats pour les droits humains à ceux pour les droits des animaux, il est plus pertinent d’observer les mécanismes de domination qui les traversent et les représentations qui peuvent leur être communes. « La lutte contre la hiérarchie des espèces et celle contre les hiérarchies intra-humaines participent ainsi d’un même horizon »[8].

Pour Sénac, il s’agit donc désormais de reconnaître les animaux comme des acteurs de la communauté politique et juridique à part entière. Une telle reconnaissance trouverait à s’inscrire dans la reconnaissance de l’interdépendance entre la santé des humains, des animaux et de l’environnement, qui elle, pose déjà de moins en moins de difficultés[9]. Une bonne raison de croire en la possibilité d’un front et d’un horizon communs pour les humains et les animaux non humains.    


[1] M. Torre Schaub, « La nature sujet de droits en Espagne – La loi sur l protection de la Mar Menor, entre révolution législative et outil de gestion durable, pour quelle effectivité ? Commentaire de la loi n° 19/2022 du 30 septembre, para el reconocimiento de personalidad jurídica a la laguna del Mar Menor y su cuenca », Revue juridique de l’environnement, 2023/2, Vol. 48, 2023, pp. 289-308.

[2] Voir le site de la ville de Paris, « Les secrets enfouis de la Bièvre, rivière parisienne », mis à jour le 10 mars 2021.

[3] Agence Européenne pour l’Environnement, Europe’s state of water 2024: the need for improved water resilience, Bruxelles, 2024, p. 28.

[4] Voir par exemple la ville de Bâle en Suisse ou Brême en Allemagne

[5] « A living being on the other hand has rights because of the gift of ‘life’. An animal undoubtedly is a sentient being. It has emotions and can feel pain or joy. By nature each specie has its own natural habitat. They require distinct facilities and environments for their behavioural, social and physiological needs », extrait de l’arrêt de la Haute Cour d’Islamabad,
Islamabad Wildlife Management Board vs Metropolitan Corporation Islamabad, W.P. No.1155/2019.

[6] R. Sénac, « L’anthropocentrisme au défi de l’antispécisme : vers une zoopolitique émancipatrice », Recherches sociologiques et anthropologiques, 2025, 55 (2-2024), hal-05460025, p. 46.

[7] Ibid., p. 53, à partir des travaux de K. Harchi, “Les animaux avec nous, nous avec les animaux ”, Ballast, 22 mai 2022, en ligne : https://www.revue-ballast.fr/les-animaux-avec-nous-nous-avec-les-animaux/.

[8] Ibid., p. 53.

[9] Nous soulignons que le développement de l’approche One Health a des implications contentieuses en droit animal, voir par exemple K. Wu et al., « Is One Health a Viable Strategy in Animal Health Litigation: Evidence from Civil Lawsuits in China », Animals : an Open Access Journal from MDPI, Vol. 11, N°9, août 2021, p. 2560.


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